top of page

APP ou réunion d’équipe : 5 différences qui changent la façon de travailler

4 oct.
5 min de lecture


1. Organiser le travail ou analyser sa pratique


En réunion d’équipe, on traite généralement des questions liées au fonctionnement de la structure :


  • organisation du quotidien ;

  • planning ;

  • répartition des tâches ;

  • transmissions ;

  • projets ;

  • événements ;

  • protocoles ;

  • fonctionnement de l’équipe ;

  • décisions organisationnelles.


L’objectif est notamment de transmettre des informations, de coordonner l’équipe et de permettre le fonctionnement de la structure.


En APP, le point de départ est différent.

Une professionnelle peut, par exemple, apporter une situation :

« Depuis quelques semaines, cet enfant refuse que je m’occupe de lui. Je remarque que cela commence à m’agacer et je ne comprends pas pourquoi cette situation me touche autant. »

L’objectif n’est pas de décider immédiatement de ce qu’elle devra faire la prochaine fois.

Le groupe va prendre le temps d’explorer la situation.


Que s’est-il passé ?

Qu’a ressenti la professionnelle ?

Comment a-t-elle réagi ?

Quelles hypothèses peut-on formuler ?

Qu’est-ce que cette situation vient questionner dans sa posture ?


La réunion travaille principalement sur le fonctionnement de la structure. L’APP travaille sur la pratique professionnelle.


2. Prendre des décisions ou ouvrir des pistes de réflexion

C’est probablement l’une des différences les plus importantes.

En réunion d’équipe, les échanges peuvent conduire à une décision collective.

Un problème est posé, différentes propositions sont discutées et l’équipe peut décider de ce qui sera mis en place : modifier une organisation, ajuster un protocole, répartir autrement les tâches ou définir une conduite commune.

En APP, aucune décision n’est prise.

L’objectif n’est pas de déterminer ce que l’équipe devra faire à l’issue de la séance.

Il n’est pas non plus de parvenir obligatoirement à une réponse commune.

À partir d’une situation vécue, l’APP permet de questionner, d’analyser, de confronter différents regards et de faire émerger des hypothèses et des pistes de réflexion.


Avant de demander :

« Qu’est-ce qu’on fait ? »

l’APP invite plutôt à se demander :

« Qu’est-ce qui se joue ici ? »

Prenons une situation fréquente : un parent arrive régulièrement en retard et l’équipe commence à ressentir de l’agacement.


En réunion, les professionnels peuvent décider de rappeler les horaires, de reprendre le règlement ou de définir la manière dont l’équipe réagira désormais.

En APP, le travail est différent.


Pourquoi cette situation génère-t-elle autant d’agacement ?

Tous les professionnels la vivent-ils de la même manière ?

Quelles représentations avons-nous de ce parent ?

Comment nos émotions influencent-elles notre manière de l’accueillir ?

Que vient questionner cette situation dans notre posture professionnelle ?


À la fin de l’APP, aucune conduite à tenir n’est décidée collectivement.

Les professionnels repartent avec des pistes de réflexion, de nouvelles hypothèses et parfois une autre compréhension de la situation.


Si une décision institutionnelle ou organisationnelle doit ensuite être prise, elle le sera dans un autre espace, notamment en réunion d’équipe.


3. Une parole qui n’a pas le même statut

En réunion d’équipe, la parole s’inscrit dans le fonctionnement institutionnel.

La direction ou le responsable peut être présent, transmettre des informations, rappeler un cadre, organiser le travail ou prendre des décisions.

L’APP repose sur un cadre différent.


Dans les établissements d’accueil du jeune enfant, la réglementation prévoit notamment que la personne qui anime les séances n’appartienne pas à l’équipe d’encadrement des enfants de l’établissement et n’ait pas de lien hiérarchique avec ses membres.

Elle prévoit également le respect de la confidentialité des échanges.

Ces conditions ne sont pas accessoires.

Elles permettent de créer un espace dans lequel un professionnel peut dire :

« Je me suis sentie dépassée. »

« Je ne comprends pas ma réaction. »

« Cette famille me met en difficulté. »

« Je me rends compte que cette situation m’agace. »

« Je ne suis pas à l’aise avec ce qui s’est passé. »

La parole n’a alors pas vocation à être utilisée pour évaluer le professionnel ou à entraîner immédiatement une décision managériale.

Cette sécurité est indispensable pour permettre un véritable travail réflexif.


4. Parler d’une situation ou interroger sa propre place dans la situation

En APP, il ne s’agit pas seulement de raconter ce que l’enfant, le parent, la collègue ou la direction a fait.

Progressivement, le questionnement revient vers le professionnel :

Et moi, dans cette situation, qu’ai-je observé, ressenti, compris et fait ?

Ce déplacement est essentiel.

L’APP peut permettre de travailler autour :

  • des émotions ;

  • des représentations ;

  • des positionnements professionnels ;

  • des réactions ;

  • des relations avec les enfants ;

  • des relations avec les familles ;

  • des interactions entre professionnels ;

  • des difficultés rencontrées ;

  • des écarts entre ce que l’on souhaitait faire et ce que l’on a réellement fait.

Il ne s’agit pas de déterminer qui a raison ou qui a tort.

Il ne s’agit pas non plus de juger la pratique.

Il s’agit de pouvoir la questionner, la comprendre et la rendre pensable.

Une situation vécue comme difficile, inconfortable ou même comme un échec peut ainsi devenir un véritable support de réflexion professionnelle.



5. Définir une action commune ou faire évoluer sa posture professionnelle

Une réunion d’équipe peut se terminer par une décision très concrète :

« À partir de lundi, nous allons fonctionner ainsi. »

Une séance d’APP ne se termine pas de cette manière.

Il n’y a pas nécessairement de réponse définitive à la situation présentée.

Et c’est justement l’un des intérêts de cet espace.


Un professionnel peut repartir avec une nouvelle hypothèse. Un autre regard sur l’enfant ou la famille. Une meilleure compréhension de sa propre réaction. Une question qu’il ne s’était jamais posée. Une piste qu’il souhaite explorer.

Ou simplement la possibilité de regarder la situation autrement.


L’APP ne donne pas une recette professionnelle et l’animateur n’est pas là pour dire aux professionnels ce qu’ils doivent faire.

Son rôle est de soutenir le questionnement et l’analyse afin de permettre aux professionnels de construire leur propre réflexion.

Avec le temps, ce travail contribue à développer la capacité d’analyse, à ajuster les pratiques et à faire évoluer les postures professionnelles.


APP et réunion d’équipe : deux espaces complémentaires, mais pas interchangeables

Il ne s’agit donc pas de choisir entre réunion d’équipe et APP.

Une équipe a besoin de réunions pour organiser, transmettre, coordonner, décider et construire collectivement le fonctionnement de la structure.

Elle a également besoin d’espaces où elle peut suspendre momentanément cette logique d’action et de décision pour prendre le temps de regarder autrement ce qu’elle vit dans son travail.

C’est précisément l’une des fonctions de l’analyse des pratiques professionnelles.

Dans les établissements d’accueil du jeune enfant, l’APP répond également à un cadre réglementaire spécifique.

Chaque professionnel concerné doit bénéficier d’un minimum de 6 heures annuelles d’analyse des pratiques professionnelles, dont 2 heures par quadrimestre.


Les séances se déroulent hors de la présence des enfants, dans des groupes de 15 professionnels maximum, avec une personne répondant aux conditions prévues par la réglementation et dans le respect de la confidentialité des échanges.


Une réunion d’équipe, aussi qualitative soit-elle, ne remplace donc pas une séance d’analyse des pratiques professionnelles.


Et inversement, une APP ne doit pas devenir une réunion d’équipe déguisée.

Dès qu’il s’agit de décider d’une nouvelle organisation, d’imposer une conduite commune, de répartir des tâches ou de prendre une décision institutionnelle, on quitte le travail d’analyse pour revenir vers un espace de réunion et de décision.


En résumé

La différence peut finalement tenir dans deux questions très simples.

En réunion d’équipe : « Qu’allons-nous faire ? »

On organise, on coordonne et on peut décider collectivement.

En APP : « Qu’est-ce qui se joue dans cette situation et qu’est-ce que cela nous apprend sur notre pratique ? »

On questionne, on analyse et on fait émerger des pistes de réflexion.

Aucune décision collective n’est prise pendant l’APP.

Deux espaces collectifs.

Deux cadres.

Deux fonctions différentes.

Mais un même enjeu : permettre aux professionnels de travailler ensemble tout en continuant à penser et faire évoluer leurs pratiques.



Vous souhaitez mettre en place des séances d’analyse des pratiques professionnelles au sein de votre structure ?

CPVi accompagne les équipes de la petite enfance dans la mise en place et l’animation de séances d’APP, en présentiel et à distance. Retrouvez notre page consacré à notre méthode de GAPP


 
 
bottom of page