Entretien de parcours professionnel : qu’est-ce qui change pour les professionnels de la petite enfance ?

« L’entretien de parcours professionnel ? Je travaille en crèche depuis des années et je n’en ai jamais eu ! »
C’est peut-être votre première réaction.
Et pourtant, ce dispositif n’est pas totalement nouveau. Il existait auparavant sous le nom d’entretien professionnel. Depuis la réforme entrée en vigueur fin 2025, il devient l’entretien de parcours professionnel et son contenu évolue.
Mais avant d’aller plus loin, clarifions une confusion très fréquente dans le secteur de la petite enfance :
Non, l’entretien de parcours professionnel n’est pas l’entretien annuel d’évaluation.
Et contrairement à ce que certains professionnels peuvent penser, il ne s’agit pas non plus d’un entretien facultatif laissé au bon vouloir de l’employeur.
En crèche, on connaît surtout l’entretien annuel
Dans de nombreux EAJE, les professionnels connaissent surtout l’entretien annuel avec la direction.
On y parle généralement de l’année écoulée, du travail réalisé, des missions, des difficultés rencontrées, du fonctionnement dans l’équipe, des objectifs ou encore des axes d’amélioration.
L’entretien de parcours professionnel répond à une autre logique.
L’entretien annuel regarde principalement votre travail.
L’entretien de parcours professionnel regarde votre parcours et votre avenir professionnel.
Le Code du travail précise d’ailleurs explicitement que l’entretien de parcours professionnel ne porte pas sur l’évaluation du travail du salarié.
Il ne doit donc pas devenir un entretien annuel d’évaluation déguisé.
Mais alors, cet entretien existait déjà ?
Oui.
Avant la réforme, il existait sous le nom d’entretien professionnel et devait, dans le régime général, être organisé tous les deux ans.
C’est peut-être là que les choses deviennent particulièrement intéressantes dans notre secteur.
Combien de professionnels de crèche savaient réellement qu’ils devaient bénéficier d’un entretien distinct consacré à leur évolution professionnelle ?
Dans certaines structures, l’entretien professionnel a pu être associé à d’autres temps d’échange avec la direction ou insuffisamment identifié par les salariés.
Et dans d’autres situations, l’obligation a tout simplement pu ne pas être respectée.
La réforme ne crée donc pas totalement un nouvel entretien : elle transforme l’ancien entretien professionnel pour lui donner une dimension plus large, centrée sur le parcours professionnel du salarié.
L’entretien de parcours professionnel est-il obligatoire ?

Oui.
À l’occasion de son embauche, le salarié doit être informé qu’il bénéficiera d’un entretien de parcours professionnel au cours de la première année suivant son embauche.
Ensuite, s’il reste dans la même entreprise, il bénéficie d’un entretien de parcours professionnel tous les quatre ans.
C’est l’employeur qui organise cet entretien. Il est réalisé par un supérieur hiérarchique ou un représentant de la direction et se déroule pendant le temps de travail.
À l’issue de l’entretien, un document écrit est établi et une copie doit être remise au salarié.
Cette obligation concerne les salariés indépendamment de la taille de l’entreprise.
Autrement dit, travailler dans une petite crèche ne fait pas disparaître ce droit.
Une professionnelle peut-elle demander cet entretien à sa direction ?
Oui.
Si vous travaillez depuis plusieurs années dans votre structure et que vous n’avez connu que l’entretien annuel d’évaluation, vous pouvez tout à fait vous rapprocher de votre direction ou de votre service RH afin de vérifier où vous en êtes.
Par exemple :
« Je souhaiterais savoir quand est prévu mon entretien de parcours professionnel au titre de l’article L.6315-1 du Code du travail. »
Il faut néanmoins apporter une nuance : cela ne signifie pas qu’un salarié peut imposer un entretien de parcours professionnel à n’importe quelle date.
La loi fixe des échéances et prévoit également certaines situations particulières.
Mais lorsque l’échéance prévue est atteinte, l’organisation de cet entretien relève bien de la responsabilité de l’employeur.
Ce n’est donc pas une faveur que l’on demande à sa direction.
Concrètement, de quoi parle-t-on pendant cet entretien ?
C’est là que cette entretien professionnel devient particulièrement intéressante pour les professionnels de la petite enfance. L’objectif est de prendre du recul sur son parcours.
Quelles compétences ai-je développées ?
Comment mon métier évolue-t-il ?
Ai-je besoin de me former ?
Est-ce que je souhaite évoluer vers d’autres fonctions ?
Ai-je envie d’obtenir un autre diplôme ?
Mon expérience pourrait-elle être valorisée grâce à une VAE ?
Ai-je envie de rester sur le terrain ? De devenir référente technique, directrice, EJE, auxiliaire de puériculture, formatrice ?
Est-ce que j’envisage une mobilité ou même une reconversion ?
Le Code du travail prévoit désormais que l’entretien aborde notamment :
les compétences et qualifications mobilisées par le salarié ;
l’évolution possible de ces compétences ;
sa situation et son parcours professionnel ;
les évolutions des métiers et les perspectives d’emploi ;
ses besoins de formation ;
ses souhaits d’évolution professionnelle ;
une éventuelle reconversion interne ou externe ;
un projet de transition professionnelle ;
un bilan de compétences ;
une Validation des acquis de l’expérience (VAE) ;
l’utilisation du CPF et les éventuels abondements de l’employeur ;
le Conseil en évolution professionnelle (CEP).
On comprend alors beaucoup mieux le changement de vocabulaire.
Il ne s’agit plus seulement de parler de formation professionnelle, mais de réfléchir à un véritable parcours professionnel.
Et pour les professionnels de crèche, ce n’est pas anodin
Nos métiers évoluent énormément.
Les réglementations changent, les responsabilités se transforment, de nouvelles fonctions apparaissent et certains professionnels exercent pendant dix, quinze ou vingt ans auprès des jeunes enfants.
Au fil des années, les compétences développées peuvent être considérables.
Observation du jeune enfant, accompagnement des familles, travail en équipe, transmissions, participation aux projets, accompagnement des stagiaires, prévention, partenariat, réflexion autour des pratiques professionnelles, coordination…
Pourtant, nous prenons finalement assez rarement le temps de nous demander :
« Qu’est-ce que j’ai réellement développé comme compétences depuis que j’exerce ? »
Et surtout :
« Qu’est-ce que j’ai envie d’en faire maintenant ? »
C’est précisément l’un des objectifs de cet entretien.

La VAE a toute sa place dans l’entretien
C’est un point particulièrement intéressant pour notre secteur.
La Validation des acquis de l’expérience est expressément mentionnée par le Code du travail parmi les possibilités qui peuvent être envisagées lors de l’entretien de parcours professionnel.
Prenons l’exemple d’une professionnelle titulaire du CAP AEPE qui travaille depuis plusieurs années en EAJE.
Au fil de son expérience, elle a peut-être développé des compétences allant bien au-delà de celles qu’elle mobilisait lors de son arrivée dans la structure.
L’entretien peut alors permettre de se demander :
Vers quel métier souhaite-t-elle évoluer ?
Existe-t-il une certification correspondant aux compétences qu’elle a développées ?
Une VAE pourrait-elle être envisagée ?
Une formation complémentaire serait-elle nécessaire ?
Quels financements pourraient être mobilisés ?
L’employeur ne décide évidemment pas à la place du salarié de son projet de VAE.
Mais cet entretien peut devenir un espace permettant de faire émerger le projet, de l’identifier et d’envisager les moyens de le concrétiser.
Tous les 4 ans au lieu de tous les 2 ans
La périodicité change également.
Avant
Entretien professionnel : tous les 2 ans
État des lieux récapitulatif : tous les 6 ans
Désormais
Entretien de parcours professionnel : tous les 4 ans
État des lieux récapitulatif : tous les 8 ans
Tous les huit ans, un état des lieux du parcours professionnel du salarié doit donc être réalisé.
Il permet notamment de vérifier si le salarié a bénéficié des entretiens prévus et d’apprécier s’il a :
suivi une formation ;
acquis des éléments de certification par la formation ou par la VAE ;
bénéficié d’une progression salariale ou professionnelle.
Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le non-respect de certaines de ces obligations peut également entraîner un abondement du CPF du salarié.
Un accord collectif peut prévoir une périodicité différente, mais l'intervalle entre les entretiens ne peut pas dépasser quatre ans.
Après certaines absences, pensez également à cet entretien
Le Code du travail prévoit également que l’entretien soit proposé dans plusieurs situations de reprise d’activité, notamment après certains congés ou absences, lorsque le salarié n’a pas bénéficié d’un entretien de parcours professionnel au cours des douze mois précédant son retour.
Cela concerne notamment certaines reprises après :
un congé maternité ou d’adoption ;
un congé parental d’éducation ;
un congé de proche aidant ;
un congé sabbatique ;
un arrêt longue maladie ;
certaines périodes de temps partiel ou de mobilité.
Dans certaines de ces situations, l’entretien peut même être organisé avant la reprise du poste, à l’initiative du salarié.
Et l’usure professionnelle ?
Voilà un autre sujet qui résonne particulièrement avec les métiers de la petite enfance.
Porter les enfants, travailler régulièrement au sol, répéter certains gestes, supporter le bruit, travailler dans des positions parfois inconfortables, gérer une charge physique et émotionnelle importante…
La question de l’évolution professionnelle ne peut pas être complètement dissociée des conditions dans lesquelles nous exerçons.
Le nouvel entretien de parcours professionnel est justement articulé avec la visite médicale de mi-carrière.
Un entretien doit être organisé dans les deux mois suivant cette visite.
Selon la situation, il peut permettre d’aborder :
l’adaptation du poste ;
l’aménagement des missions ;
la prévention de l’usure professionnelle ;
les besoins de formation ;
la mobilité ;
la reconversion professionnelle.
L’objectif est donc également d’anticiper.
Il ne faudrait pas attendre qu’un professionnel ne puisse plus exercer son métier dans les mêmes conditions pour commencer à réfléchir à la suite de son parcours.
« Je travaille depuis des années en crèche et je n’ai jamais eu cet entretien… »
Vous êtes probablement nombreux à vous reconnaître dans cette phrase.
Peut-être avez-vous bénéficié d’un entretien professionnel sans qu’il ait été clairement présenté comme tel.
Peut-être a-t-il été mélangé avec votre entretien annuel.
Ou peut-être n’a-t-il effectivement jamais été organisé.
Dans tous les cas, la première étape est simple :
posez la question à votre direction ou à votre service RH.
Demandez quel est le dispositif prévu dans votre structure et à quelle date doit avoir lieu votre prochain entretien de parcours professionnel.
Et surtout, ne le confondez plus avec votre entretien annuel.
ENTRETIEN ANNUEL = mon travail, mes missions, mes objectifs.
ENTRETIEN DE PARCOURS PROFESSIONNEL = mes compétences, ma formation, mon évolution et la suite de mon parcours.
Finalement, qu’est-ce qui change vraiment ?
Le changement ne se résume pas au passage d’un entretien tous les deux ans à un entretien tous les quatre ans.
La logique évolue.
L’entretien doit permettre de regarder le professionnel dans la durée : MES COMPÉTENCES → MON EXPÉRIENCE → MES BESOINS DE FORMATION → MON ÉVOLUTION → MON CPF → MA VAE → MA MOBILITÉ → MA RECONVERSION → LA SUITE DE MON PARCOURS
Et dans le secteur de la petite enfance, cette réflexion est loin d’être accessoire.
Une professionnelle CAP AEPE peut souhaiter évoluer.
Une auxiliaire de puériculture peut vouloir développer de nouvelles compétences.
Une EJE peut souhaiter évoluer vers la direction, la formation, l’accompagnement ou un autre secteur.
Une professionnelle expérimentée peut souhaiter faire reconnaître ses compétences grâce à la VAE.
Une autre peut simplement commencer à ressentir l’usure physique du terrain et vouloir anticiper la suite.
L’entretien de parcours professionnel doit justement créer un espace pour pouvoir poser ces questions.
Parce qu’un parcours professionnel ne devrait pas seulement se construire lorsqu’on arrive au point de vouloir quitter son poste.
Il peut aussi se construire progressivement, en partant d’une question toute simple :
« Où en suis-je aujourd’hui, et vers quoi ai-je envie d’aller demain ? »

Sources
Article L.6315-1 du Code du travail – Entretien de parcours professionnel.
Ministère du Travail – L’entretien de parcours professionnel.
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Alexia & Valentine



