Quand les cultures se rencontrent : l'interculturalité au cœur de la parentalité
- il y a 5 jours
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Accompagner chaque famille dans sa singularité, c'est d'abord reconnaître que la manière d'être parent se forge bien avant la naissance, dans l'histoire, la langue et la mémoire de chacun.

Je suis Alexia, Éducatrice de Jeunes Enfants, cofondatrice du Cabinet Pédagogique Virtuel International, et moi-même issue d’une double culture franco-grecque, je vois que ce sujet revient réguliérement lors de mes accompagnments VAE, en APP et aussi lorsque j'accompagne les référentes techniques de micro crèche. Ainsi, j'ai voulu vous faire partager mes recherches et mes expériences professionelles.
Dans ma pratique d’EJE, j’accompagne des familles aux histoires, cultures et représentations éducatives très diverses. Chaque rencontre me rappelle qu’il n’existe pas une seule manière d’être parent.
Ces expériences ont profondément façonné ma posture professionnelle et m’ont appris une chose essentielle : la posture interculturelle n’est pas un « plus » dans l’accompagnement à la parentalité. Elle en est le cœur.
Qu'entend-on par « interculturalité » en petite enfance ?
L'interculturalité ne se limite pas à la question de la nationalité ou de l'origine géographique. Elle désigne l'ensemble des relations entre deux cultures distinctes, dans le respect mutuel des identités de chacune. Travailler en structure petite enfance implique d'accueillir les enfants et leurs familles dans leurs diversités. Venant d'horizons variés, chacun porte un bagage fait de l'histoire des générations passées, qui marque son identité. Les EAJE (établissements d'accueil du jeune enfant) sont ainsi naturellement des lieux de mixité sociale et culturelle.
Mais attention à ne pas réduire la culture au pays d'origine. Comme le rappellent les chercheurs en psychologie périnatale, la culture familiale dans son ensemble, qu'elle soit bretonne, catholique pratiquante, laïque engagée ou issue de traditions orales africaines, participe à l'éducation de l'enfant bien avant que celui-ci ne pousse sa première porte de crèche.
La culture peut contribuer à donner aux parents la sécurité intérieure nécessaire au fait de prendre soin d'un bébé. Dans chaque société, il existe un ensemble de représentations relatif au jeune enfant, à ses besoins et à son développement, associées à des pratiques de maternage particulières, se transmettant de génération en génération.
Revue Spirale, 2018
Le maternage : un geste universel, mille visages
Porter bébé en écharpe dorsale ou dans les bras, allaiter jusqu'à deux ans ou sevrer à six mois, partager le lit familial ou installer l'enfant dans sa propre chambre dès la naissance, introduire la bouillie à trois mois ou attendre la diversification guidée par l'enfant… Ces choix ne sont pas seulement personnels. Ils sont profondément culturels.
Quand une mère originaire d'Afrique subsaharienne porte son bébé dans le dos toute la journée, ce n'est pas un manque de matériel. C'est une tradition millénaire qui favorise l'attachement, régule le rythme cardiaque du nourrisson et libère les mains maternelles pour les tâches quotidiennes. Quand une famille asiatique présente les aliments différemment, quand une mère turque parle uniquement dans sa langue à son enfant, ce ne sont pas des obstacles à l'intégration, ce sont des ressources identitaires précieuses.
Quelques exemples de variations culturelles du maternage |
Le portage : écharpe dorsale, hampe, bras, formes et durées très variables selon les cultures Le co-dodo : pratique courante dans de nombreuses cultures asiatiques, africaines et latines L'alimentation : introduction des solides, aliments de premier choix, textures très culturellement marqués Le rapport au corps et aux soins : bains, massages, hygiène intime, gestes chargés de sens La langue maternelle : droit fondamental de l'enfant et pilier de la construction identitaire La place des aîné·e·s et de la famille élargie dans l'éducation du tout-petit |
Ce que la migration fait à la parentalité
Accoucher loin de sa famille, élever un enfant dans un pays dont on ne maîtrise pas toujours la langue ni les codes implicites, voir ses gestes de maternage questionnés ou jugés par des professionnels bienveillants mais peu formés à l'interculturel… tout cela peut être profondément déstabilisant pour des parents.
La chercheuse Margalit Cohen-Emerique, pionnière en France sur les questions d'interculturalité en travail social, rappelle que l'approche interculturelle suppose trois démarches essentielles de la part du professionnel : la décentration (se questionner sur ses propres représentations), la pénétration dans le système de référence de l'autre, et la négociation. Ce n'est pas une posture passive — c'est un travail actif et continu.
Grossesse, accouchement, mise en place des interactions précoces et construction de la parentalité sont à la fois des actes profondément intimes mais aussi des actes médicaux, sociaux et culturels.
Revue L'Autre — Cliniques, Cultures et Sociétés
Dans mon accompagnement à la parentalité, j'ai souvent observé ce que l'on pourrait appeler un « choc silencieux » : les parents n'osent pas toujours dire qu'ils font « différemment à la maison ». Ils pressentent parfois un jugement, ou craignent d'être mal compris. C'est dans ces interstices que le travail interculturel prend tout son sens.
L'apport de Marie Rose Moro : penser la vulnérabilité transculturelle
La psychiatre et professeure Marie Rose Moro est l'une des figures de référence incontournables pour quiconque travaille avec des enfants et des familles en contexte transculturel. Dans son ouvrage Psychothérapie transculturelle de l'enfant et de l'adolescent (Dunod, 2010), elle pose les bases d'une clinique qui prend pleinement en considération la culture spécifique de l'enfant issu de la migration dans la compréhension de ses difficultés, plutôt que de n'y voir que des facteurs socio-économiques ou pathologiques.
Son concept central est celui de la vulnérabilité transculturelle : les enfants de migrants et parfois les enfants eux-mêmes migrants se trouvent souvent pris dans un écartèlement douloureux entre le monde de la maison (avec sa langue, ses valeurs, ses représentations de l'enfant) et le monde du dehors, la crèche, l'école, les institutions. Quand ces deux mondes s'ignorent ou s'affrontent, l'enfant souffre doublement.
Il importe au quotidien de favoriser tout ce qui va permettre aux enfants de sortir du clivage entre le monde de la maison et celui de l'école, entre la langue de la maison et celle de l'école, pour aider ces enfants à faire le passage et à trouver leur place dans ce monde métissé qui est le leur.
Marie Rose Moro, Grandir en situation transculturelle
Ce que Moro nous apprend, c'est que cette vulnérabilité n'est pas une fatalité : elle peut se transformer en métissage créatif, en richesse, à condition que les adultes qui entourent l'enfant, parents comme professionnels, lui donnent les outils pour habiter plusieurs mondes sans avoir à en abandonner un. En crèche, cela commence concrètement par la façon dont on accueille la langue maternelle, dont on valorise les récits familiaux, dont on reconnaît que les parents sont les premiers et les plus précieux éducateurs de leur enfant.
Moro insiste également sur un point qui résonne profondément dans ma pratique d'EJE : les structures d'accueil de la petite enfance, crèches, PMI, MAM, les assistantes maternelles jouent un rôle fondamental pour étayer les parents dans la période de fragilité qui suit la naissance, et pour contribuer à ce qu'ils trouvent confiance en leurs propres compétences parentales. Ce rôle est encore plus crucial quand les parents sont loin de leur réseau familier.
Ouvrages |
Psychothérapie transculturelle de l'enfant et de l'adolescent Marie Rose Moro — Dunod, 2010 Ouvrage fondé sur la pratique quotidienne de consultations psychothérapiques, il établit les bases d'une clinique qui prend en compte la spécificité culturelle de l'enfant migrant dans le diagnostic et l'accompagnement. Référence incontournable pour tous les professionnels du soin et de l'éducation. |
L'apport d'Ivy Daure : la famille comme système vivant entre deux cultures
Si Moro nous éclaire sur l'enfant, la psychologue clinicienne et thérapeute systémique Ivy Daure, dans Familles entre deux cultures , Dynamiques relationnelles et prise en charge systémique (Fabert, 2010), nous invite à regarder la famille dans sa globalité, comme un système en mouvement entre plusieurs appartenances.
Sa perspective est précieuse pour notre pratique en petite enfance : une famille n'est pas simplement un ensemble d'individus portant chacun leur culture d'origine. C'est un système dynamique, traversé par des liens intergénérationnels, des transmissions, des loyautés, des silences. La migration vient réorganiser ces rapports intra et intergénérationnels, parfois en les fragilisant, parfois en ouvrant de nouvelles possibilités.
La migration peut devenir un atout pour le sujet, et la transmission de l'histoire de la migration au sein des familles peut représenter un levier dans le processus d'intégration dans le pays d'accueil.
Ivy Daure, Familles entre deux cultures, 2010
Ce renversement de perspective est important : la migration n'est pas seulement une source de fragilité ou de rupture. Elle peut être une ressource narrative, un récit fondateur qui, lorsqu'il est partagé et reconnu, renforce l'identité familiale et favorise l'intégration. Pour nous, professionnels de la petite enfance, cela signifie que demander à une famille de nous raconter son histoire, d'où elle vient, comment elle a traversé la migration, n'est pas seulement une curiosité bienveillante. C'est un acte thérapeutique.
Daure souligne également l'importance des liens entre famille nucléaire et famille d'origine : les grands-parents restés au pays, les tantes, les cousins, la communauté — tout ce réseau qu'on a parfois tendance à ne pas voir depuis notre structure, et qui pourtant façonne profondément la façon dont les parents élèvent leur enfant. Reconnaître ce réseau invisible, c'est reconnaître la famille dans toute sa complexité et sa richesse.
Ouvrages |
Familles entre deux cultures — Dynamiques relationnelles et prise en charge systémique Ivy Daure — Fabert, 2010 Ouvrage précurseur à l'intersection des approches cliniques interculturelles et systémiques. S'appuie sur des observations cliniques pour proposer une compréhension renouvelée des familles issues de la migration et des leviers d'accompagnement concrets pour les professionnels. |
Entre le même et le différent : une dialectique au cœur de la relation
Les travaux de la psychosociologue Saduman Kadi, publiés dans la revue Connexions (2019), éclairent avec finesse cette tension entre « le même » et « le différent » dans l'accompagnement à la parentalité. À travers des groupes de soutien auprès de femmes d'origine turque, elle montre comment les familles issues de l'immigration peuvent vivre les liens institutionnels, crèches, PMI, services sociaux, sur un mode persécutif, non par mauvaise volonté, mais parce que leurs expériences passées et migratoires ont fragilisé la confiance envers les institutions.
Ce que Kadi met en lumière est fondamental pour notre pratique : les familles ne cherchent pas seulement un professionnel compétent techniquement. Elles cherchent quelqu'un qui soit capable de comprendre leur monde symbolique, sans pour autant y fusionner. Quelqu'un qui incarne, dans sa posture, la possibilité de l'union entre dedans et dehors, entre leur culture et la culture d'accueil.
En tant qu'EJE, |
je ne suis pas tenue de connaître toutes les cultures du monde. Je suis tenue de reconnaître ma propre culture comme une culture parmi d'autres, de savoir suspendre mes jugements, et d'accueillir la différence non comme un problème à résoudre, mais comme une richesse à explorer avec la famille. |
Ailleurs dans le monde : quand d'autres cultures inventent des réponses à l'isolement parental
L'interculturalité en petite enfance ne nous invite pas seulement à accueillir les pratiques des familles que nous accompagnons. Elle nous ouvre aussi les yeux sur des réponses inventées ailleurs, dans d'autres contextes culturels, face à des difficultés universelles. L'exemple des Yonakigoya japonais en est une illustration saisissante.
Les « cafés qui pleurent » : le Japon face à l'isolement des mères
Depuis 2026, un mouvement singulier prend de l'ampleur dans plusieurs villes japonaises : des cafés ouverts en pleine nuit, parfois de 21h jusqu'à 6h du matin, accueillent gratuitement les mères aux prises avec des bébés qui pleurent sans discontinuer. Ces espaces, baptisés Yonakigoya (littéralement « maison des pleurs nocturnes »), sont nés d'une bande dessinée en ligne imaginant un refuge qui n'apparaîtrait que la nuit pour les mères débordées.
À Memuro, dans la préfecture de Hokkaido, c'est Madoka Nozawa, jeune propriétaire de 28 ans, qui a ouvert son magasin de pain perdu toutes les nuits de dimanche à la sortie de la gare. Des tapis disposés au sol permettent aux bébés de ramper ou de dormir, des espaces sont prévus pour l'allaitement et le change, et du personnel bénévole féminin veille sur les enfants pendant que les mères soufflent, échangent, ou simplement existent en dehors du rôle de parent.
Venir ici m'offre la chance de parler à quelqu'un et me donne une pause mentale.
Une mère de 34 ans, usagère d'un Yonakigoya à Hokkaido, mai 2026
La motivation de Madoka Nozawa est ancrée dans sa propre expérience : lorsque sa fille aînée était bébé, elle passait de longues nuits seule, tenant son enfant qui pleurait jusqu'au matin, sans oser solliciter son mari qui travaillait le lendemain. « Je veux que ce soit un lieu de refuge où les gens peuvent se sentir ne pas seuls dans leurs luttes », a-t-elle expliqué.
Des initiatives similaires ont émergé dans les préfectures de Tokushima et de Niigata, portées par des collectifs de femmes, souvent financées par dons et bénévolat. Kaori Ichikawa, professeure à l'Université des sciences de l'information de Tokyo spécialisée dans les soins post-partum, souligne que le soutien institutionnel reste quasi inexistant la nuit et les week-ends — ce vide que ces cafés s'efforcent de combler.
Retrouver notre article complet sur notre blog : Les cafés des pleurs
Ce que cet exemple nous dit, à nous professionnels |
L'isolement parental nocturne est un enjeu universel mais les réponses sont culturellement situées Ce sont souvent des femmes ayant vécu elles-mêmes la situation qui inventent les solutions les plus adaptées Le besoin de lien, de parole et de présence dépasse les frontières culturelles et appelle des réponses concrètes En France, les LAEP (Lieux d'Accueil Enfants-Parents) jouent un rôle comparable, mais restent peu connus des familles isolées ou allophones Une approche interculturelle, c'est aussi s'inspirer de ce qui se fait ailleurs pour enrichir nos propres pratiques |
Ce mouvement japonais résonne profondément avec ce que décrit Ivy Daure dans Familles entre deux cultures : la parentalité en situation d'isolement qu'il soit géographique, migratoire ou culturel appelle des espaces tiers, ni famille ni institution froide, où la parole peut se déposer sans jugement. Ce que les cafés Yonakigoya offrent la nuit à Sapporo, les espaces de soutien à la parentalité en France cherchent à offrir le jour à condition de savoir accueillir toutes les familles, dans toutes leurs langues et toutes leurs façons d'être parents.
La posture interculturelle de l'EJE : ni fusion, ni indifférence
Se décentrer : le premier geste
La décentration, c'est la capacité à prendre de la distance avec ses propres références culturelles pour mieux percevoir celles de l'autre. Ce travail est exigeant, car nos représentations de « ce qui est bon pour l'enfant » sont souvent invisibles à nous-mêmes — elles font partie de notre air quotidien. Former les équipes à cette décentration est un enjeu crucial des structures petite enfance.
Accueillir sans juger, comprendre sans approuver
Il existe une frontière subtile entre accueil bienveillant et validation de tout et n'importe quoi. Notre rôle n'est pas de cautionner des pratiques qui porteraient atteinte à la sécurité de l'enfant mais de distinguer ce qui relève de la différence culturelle de ce qui relève d'une réelle mise en danger. Cette distinction demande du temps, de la formation, et surtout une vraie relation de confiance avec les familles.
Il s'agit d'instaurer des temps de dialogue centrés sur les pratiques et les choix éducatifs des parents, en adoptant une posture professionnelle de non-jugement.
La langue maternelle : un droit, pas un obstacle
Une idée reçue tenace dans les structures petite enfance : pour favoriser l'intégration, les parents devraient parler français à leurs enfants. C'est une erreur scientifique et éthique. Le bilinguisme précoce est une richesse cognitive. Et plus fondamentalement, la langue maternelle est le premier véhicule de la transmission culturelle, le fil qui relie l'enfant à ses racines, à ses grands-parents, à son histoire. La valoriser, c'est valoriser l'enfant lui-même.
Pistes concrètes pour une pratique interculturelle au quotidien |
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Ce que l'interculturalité m'apporte, à moi professionnelle
Je ne peux pas parler d’interculturalité sans évoquer ce qu’elle m’apporte aussi, à moi, en tant que professionnelle et en tant que femme et maman issue d’une double culture franco-grecque.
Chaque famille que je rencontre vient parfois bousculer mes évidences : une autre manière de porter un bébé, de le rassurer, de l’endormir, de lui parler ou de penser la parentalité. Et c’est précisément dans ces rencontres que ma pratique continue d’évoluer.
L’interculturalité m’a appris l’humilité. Elle m’a appris à écouter avant d’interpréter, à chercher le sens avant de juger.
Quand un parent partage une tradition familiale, une croyance ou une manière particulière de prendre soin de son enfant, je ne vois pas uniquement une différence culturelle. J’y vois une histoire, une transmission, un lien affectif.
Ces échanges enrichissent profondément ma posture d’EJE.
C’est aussi ce que j’essaie de transmettre aux professionnels que j’accompagne en VAE : l’interculturalité ne consiste pas à connaître une liste de pratiques selon les cultures. Elle consiste surtout à développer une posture professionnelle capable d’accueillir l’autre dans sa singularité, avec curiosité, respect et humanité.
Vous préparez la VAE DEEJE ? L'interculturalité en parentalité, un sujet en or pour votre BC2
Si vous êtes en train de préparer votre livret 2 VAE DEEJE, ce qui suit vous concerne directement. Tout ce que nous venons d'explorer, les pratiques de maternage, la vulnérabilité transculturelle, les familles entre deux cultures, le rôle du professionnel face à la différence est un matériau extrêmement riche pour construire votre Bloc de Compétences 2 (BC2), qui porte sur l'analyse de la construction d'un projet d'accompagnement de la famille, au sein du DC1.
Mais avant de vous expliquer comment, posons d'abord les bases : qu'est-ce que le BC2, et pourquoi l'interculturalité s'y prête-t-il si bien ?
DC1- Domaine de compétences 1 — Accueil et accompagnement du jeune enfant et de sa famille BC2- Bloc de compétences 2 — Analyse de la construction d'un projet d'accompagnement de la famille |
Ce bloc vous demande de montrer comment vous comprenez les familles dans leur globalité, comment vous analysez leurs besoins, et comment vous construisez avec elles, pas pour elles, un accompagnement cohérent et respectueux. C'est un bloc d'analyse et de réflexivité, pas seulement de description d'actions. |
Pourquoi l'interculturalité est un sujet idéal pour le BC2
Le BC2 est souvent le bloc qui pose le plus de difficultés aux candidats en VAE.
Pourquoi ? Parce qu'il ne suffit pas de raconter ce qu'on a fait. Il faut analyser : pourquoi cette famille avait ces besoins-là, comment vous avez compris sa situation, comment vous avez ajusté votre posture, et quelle réflexion vous avez menée sur vous-même.
L'interculturalité en parentalité est un terrain particulièrement fertile pour ce travail, pour une raison simple : les situations interculturelles obligent au questionnement. Quand un parent fait différemment de ce à quoi vous êtes habitué, vous ne pouvez pas agir par automatisme. Vous êtes contraint de vous arrêter, d'observer, de vous demander « qu'est-ce que cela signifie pour cette famille ? » C'est exactement le niveau d'analyse que le jury attend.
2.1 Mettre en œuvre des pratiques d'accueil adaptées à l'enfant et à sa famille 2.1.5 — Adapter l'accueil aux besoins, aux ressources et aux attentes de l'enfant et de son entourage familier 2.1.7 — Respecter la singularité de l'enfant et de sa famille dans l'accueil quotidien Ce que ça veut dire en situation interculturelle : Vous accueillez une faque le co-dodo, que votre institution déconseille. Comment gérez-vous cela ? Avez-vous cherché à comprendre la signification culturelle de cette pratique avant d'intervenir ? Comment avez-vous adapté votre discours pour ne pas disqualifier les parents ? Voilà le type de situation à analyser dans votre livret? mille qui pratique le co-dodo, que votre institution déconseille. Comment gérez-vous cela ? Avez-vous cherché à comprendre la signification culturelle de cette pratique avant d'intervenir ? Comment avez-vous adapté votre discours pour ne pas disqualifier les parents ? Voilà le type de situation à analyser dans votre livret. |
2.2 Construire une cohérence éducative entre la famille et la structure 2.2.2 — Tenir compte de l'inscription sociale et culturelle de l'enfant dans ses différents milieux de vie 2.2.3 — Élaborer avec la famille le sens de l'action éducative à mener auprès de l'enfant Ce que ça veut dire en situation interculturelle : Un enfant mange des aliments très différents à la maison de ce qui est servi en crèche. Une mère vous explique que son enfant ne mange que ce qu'elle prépare, pour des raisons religieuses ou culturelles. Comment avez-vous construit un pont entre ces deux mondes ? Avez-vous impliqué la famille dans une réflexion sur le projet d'accueil ? C'est ici que Ivy Daure et sa vision systémique devient une référence théorique puissante pour étayer votre analyse. |
2.3 Analyser et soutenir les liens entre les jeunes enfants et les parents 2.3.4 — Tenir compte des cultures, des croyances et des modes de vie des personnes 2.3.3 — Valoriser l'engagement de chaque parent dans l'éducation de l'enfant Ce que ça veut dire en situation interculturelle : Vous observez qu'un parent interagit peu verbalement avec son enfant pendant les transmissions, et que celui-ci semble très calme, presque effacé. Avant de vous inquiéter, comment avez-vous vérifié si cela relevait d'un code culturel particulier (certaines cultures valorisent la discrétion, le silence, les échanges non verbaux) ou d'un vrai signal d'alerte ? C'est exactement la démarche que décrit Marie Rose Moro : distinguer phénomène culturel et phénomène pathologique. |
2.4 Reconnaître et faciliter la fonction parentale 2.4.2 — Construire des modalités d'accompagnement à la parentalité 2.4.3 — Identifier les difficultés dans l'exercice de la fonction parentale 2.4.4 — Orienter les familles vers les services et personnes compétentes Ce que ça veut dire en situation interculturelle : Une mère allophone est isolée, peu à l'aise pour s'exprimer en réunion de parents. Comment avez-vous adapté votre modalité d'accompagnement ? Avez-vous utilisé un support visuel, sollicité un médiateur, proposé un entretien individuel ? Avez-vous repéré que son isolement était lié à sa situation migratoire et pas à un désintérêt pour l'éducation de son enfant ? Ces ajustements construits, c'est ce que veut voir le jury. |
2.5 Accueillir les familles au sein de la structure 2.5.3 — Créer les conditions d'accueil et d'échange avec et entre les familles 2.5.4 — Valoriser la participation et les savoir-faire de la famille Ce que ça veut dire en situation interculturelle : Avez-vous proposé ou participé à un moment de valorisation des cultures des familles ? Une soirée de contes du monde, une matinée de comptines en plusieurs langues, un coin bibliothèque multilingue ? Avez-vous réfléchi à la façon dont la salle d'attente ou le panneau d'affichage accueillent ou non la diversité des familles ? Ces initiatives sont directement valorisables dans le BC2. |
2.7 Contribuer à la continuité éducative entre famille et institution 2.7.2 — Dialoguer et échanger avec les parents dans une recherche de cohérence éducative 2.7.3 — Prendre en compte les choix éducatifs faits par les parents Ce que ça veut dire en situation interculturelle : Les parents parlent exclusivement leur langue maternelle à leur enfant, ce qui inquiète certains collègues. Avez-vous été en capacité d'expliquer en équipe pourquoi il s'agit d'un droit fondamental de l'enfant, d'une ressource et non d'un obstacle ? Avez-vous participé à un travail d'équipe pour harmoniser les postures face aux familles allophones ? Cela illustre à la fois le BC2 et votre rôle de professionnelle réflexive. |

Comment construire votre situation professionnelle significative autour de ce sujet ?
Dans votre livret 2, vous devez rédiger des situations professionnelles significatives, c'est-à-dire des moments de votre pratique que vous analysez en profondeur. Voici une trame concrète pour en construire une autour de l'interculturalité en parentalité :
1 | Décrivez la situation de départ Une famille dont les pratiques éducatives ou de maternage vous ont semblé différentes de la norme institutionnelle. Une incompréhension, un malentendu, une difficulté de communication. Restez précis, concret, factuel. Pas de jugement à ce stade. |
2 | Analysez vos représentations initiales Qu'avez-vous ressenti ? Qu'avez-vous pensé dans un premier temps ? Étiez-vous surpris, inquiet, dans le jugement ? Cette étape de décentration (Cohen-Emerique) est essentielle : le jury veut voir que vous êtes capable de regarder votre propre regard. |
3 | Décrivez votre démarche d'investigation Comment avez-vous cherché à comprendre la situation de cette famille ? Avez-vous posé des questions ouvertes, sollicité des collègues, fait des recherches, orienté vers un partenaire ? Montrez votre processus de pensée, pas seulement votre action. |
4 | Expliquez les ajustements que vous avez opérés Concrètement, qu'avez-vous fait différemment ? Comment avez-vous adapté votre accueil, votre communication, votre relation avec cette famille ? Qu'avez-vous proposé pour créer un pont entre leur culture et la structure ? |
5 | Éclairez avec la théorie C'est ici que les auteurs entrent en jeu. Appuyez-vous sur Moro pour parler de vulnérabilité transculturelle ou de la nécessité de ne pas pathologiser les différences culturelles. Mobilisez Daure pour parler de la famille comme système entre deux cultures. Citez Cohen-Emerique sur la décentration. Ces références montrent que votre analyse ne repose pas seulement sur votre ressenti, mais sur une réflexion étayée. |
6 | Évaluez et questionnez votre pratique Qu'est-ce que cette situation vous a appris ? Qu'auriez-vous fait différemment ? Qu'est-ce que cela a changé dans votre façon d'accueillir les familles ? Ce questionnement final est la marque d'un professionnel réflexif — c'est ce qui distingue une bonne VAE d'un simple portfolio d'activités. |

Un mot en tant qu'accompagnatrice VAE DEEJE |
l'interculturalité est l'un des sujets les plus porteurs pour le BC2, précisément parce qu'il touche au cœur des compétences attendues, la posture réflexive, le respect de la singularité des familles, la capacité à co-construire du sens. Si vous avez vécu des situations avec des familles d'origines diverses dans votre parcours, vous avez probablement plus de matière que vous ne le pensez. Mon rôle est de vous aider à la mettre en mots, à la structurer, et à la relier au référentiel. C'est exactement ce que nous travaillons ensemble en accompagnement VAE. |
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Pour aller plus loin
Si vous souhaitez approfondir ces questions dans le cadre de votre parcours VAE DEEJE, je serai heureuse d'en discuter avec vous lors d'un accompagnement : Prise de rdv
Avec curiosité et bienveillance,
Alexia, EJE & accompagnatrice VAE DEEJE
Sources
Moro, M.R. (2010). Psychothérapie transculturelle de l'enfant et de l'adolescent. Paris : Dunod.
Daure, I. (2010). Familles entre deux cultures — Dynamiques relationnelles et prise en charge systémique. Paris : Fabert.
Kadi, S. (2019). Dispositif interculturel de soutien à la parentalité — « Quelle rencontre est possible dans la dialectique du même et du différent ? ». Connexions, 112(2), 157-169.
Cohen-Emerique, M. (2011). Pour une approche interculturelle en travail social. Théories et pratiques. Rennes : Presses de l'EHESP.
Moro, M.R. (s.d.). Grandir en situation transculturelle. Bruxelles : Yapaka / Fabert.
Clausier, M. (2007). Structures parentales et interculturalité. In : Belan, X. & Rayna, S. (dir.), Quel accueil demain pour la petite enfance ? Toulouse : érès.
Revue Spirale (2018, n° 88). Donner naissance et élever un enfant : représentations culturelles et accompagnement professionnel. Toulouse : érès.
https://japonsamourai.fr/les-cafes-qui-pleurent-au-japon-offrent-un-refuge-aux-meres-epuisees/
https://www.vietnam.vn/fr/quan-ca-phe-mo-xuyen-dem-cho-ba-me-co-con-quay-khoc-o-nhat-ban



