“Une EJE, ça ne sert à rien dans une micro-crèche” : quand le coût prend le pas sur le sens
- alexiatsa
- 24 oct.
- 3 min de lecture

1. Une phrase révélatrice
« Une EJE, ça ne sert à rien dans une micro-crèche. » Cette phrase, de plus en plus entendue dans le secteur, en dit long sur l’évolution préoccupante du regard porté sur l’accueil du jeune enfant.
Elle traduit une vision strictement économique où la compétence éducative est perçue comme un coût plutôt qu’une valeur ajoutée.
Mais cette logique interroge : la micro-crèche est-elle destinée à devenir un modèle “low cost” de la petite enfance ?
2. La micro-crèche n’est pas un modèle au rabais
À l’origine, la micro-crèche a été pensée comme une structure de proximité permettant un accueil individualisé et de qualité. Sa taille réduite devait favoriser la relation, l’observation fine des besoins de chaque enfant et le partenariat avec les familles.
Or, la réduction des coûts et la recherche de rentabilité menacent cet équilibre. Quand la logique budgétaire prend le dessus, la dimension éducative s’efface peu à peu, et l’on glisse vers un simple service de garde, déconnecté de la mission première : accompagner le développement global de l’enfant.
3. Le rôle fondamental de l’Éducatrice de Jeunes Enfants
L’Éducatrice de Jeunes Enfants (EJE) occupe une place charnière dans toute structure d’accueil. Elle est garante du sens, du projet éducatif et de la cohérence de l’équipe.
Ses missions vont bien au-delà de la présence en salle :
Concevoir et animer le projet d'établissement ;
Accompagner les professionnelles dans l’analyse de leurs pratiques ;
Soutenir la qualité du lien avec les familles ;
Veiller au développement global de l’enfant et à la cohérence des interventions éducatives.
Retirer cette fonction, c’est priver l’équipe d’un repère, d’un cadre d’analyse et d’une vision éducative structurante.
4. Le vrai coût, c’est l’absence de compétence
Certes, le recrutement d’une EJE représente un investissement. Mais son absence coûte souvent bien plus cher à moyen terme :
Épuisement et turn-over au sein des équipes, faute d’accompagnement professionnel ;
Difficultés relationnelles ou éducatives non traitées, générant des tensions internes ;
Appauvrissement du projet d’établissement et perte de repères pédagogiques.
Une EJE n’est pas une dépense inutile. Elle est un facteur de stabilité, de qualité et de cohérence. L’enjeu est donc de comprendre que la rentabilité immédiate ne peut se faire au détriment de la qualité éducative.
5. Le modèle économique à repenser
Si le modèle économique de la micro-crèche ne permet plus de financer un poste éducatif qualifié, c’est le modèle lui-même qu’il faut interroger. On ne peut pas construire un projet d’accueil durable en fragilisant la compétence au cœur du dispositif.
La question n’est pas de “faire sans EJE”, mais de repenser la manière dont les structures sont financées et accompagnées pour garantir la qualité éducative attendue par les familles et les institutions.
6. Quelle image de la petite enfance voulons-nous ?
Dire qu’une EJE ne sert à rien dans une micro-crèche, c’est réduire la mission éducative à une gestion du quotidien. C’est oublier que la petite enfance, c’est d’abord un champ du développement, de la relation et de la construction humaine. C’est nier la spécificité du métier d’EJE, qui relie théorie, observation et pratique pour donner du sens à chaque geste professionnel.
La micro-crèche ne doit pas devenir une structure “au rabais”, mais rester un lieu de réflexion, d’accompagnement et d’éveil. La qualité d’accueil ne peut pas être négociée. Elle se construit grâce à des professionnel·le·s formé·e·s, engagés et reconnus pour leur expertise.
7. En conclusion
L’éducation du jeune enfant ne se mesure pas à l’équilibre d’un budget, mais à la qualité du lien et à la pertinence des pratiques mises en œuvre. Une EJE n’est pas un coût superflu : c’est une garante du sens, de la cohérence et du bien-être des enfants, des familles et des équipes.
La vraie question à se poser est donc la suivante : Voulons-nous que la micro-crèche reste un espace éducatif exigeant et humain, ou acceptons-nous qu’elle devienne un service de garde rentable mais dévitalisé ?
Retrouver tous nos articles dans la reubrique Actualité



