Winnicott, Bowlby, Pikler : des “vieilles pédagogies” ? Vraiment ?
- 23 mars
- 4 min de lecture

Alexia, EJE & cofondatrcie témoigne :
Lors d’un échange récent avec une candidate accompagnée dans le cadre de la VAE Éducateur de Jeunes Enfants, une remarque m’a interpellée.
Lors de son passage à l’oral, un membre du jury lui aurait indiqué que les références à Donald Winnicott, John Bowlby et Emmi Pikler relevaient de « vieilles pédagogies ».
Cette remarque questionne.
Car si ces auteurs sont parfois considérés comme anciens, leurs travaux continuent pourtant d’éclairer profondément les pratiques professionnelles dans le champ de la petite enfance.
Alors une question mérite d’être posée : peut-on réellement considérer ces références comme dépassées ?
Un peu de clarification pédagogique
Dans l’histoire de l’éducation, les sciences de l’éducation distinguent généralement plusieurs approches.
La pédagogie traditionnelle
Elle repose sur un principe de transmission du savoir.
L’adulte détient le savoir et le transmet à l’enfant, qui apprend principalement par l’écoute, la répétition et l’imitation.
On peut rattacher à cette approche des penseurs comme :
• Johann Friedrich Herbart – pédagogie structurée autour de la transmission du savoir
• Émile Durkheim – l’éducation comme transmission des normes et des valeurs sociales
Le courant de l’Éducation nouvelle
Dès le XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècle, certains philosophes posent déjà les bases d’une vision différente de l’enfant.
Ils peuvent être considérés comme précurseurs de l’Éducation nouvelle.
• John Locke (1632-1704) – l’enfant comme tabula rasa, importance de l’expérience dans l’apprentissage
• Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) – respect du développement naturel de l’enfant (Émile ou De l’éducation)
À la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, plusieurs pédagogues développent ces idées et transforment profondément la manière de penser l’éducation.
Parmi les figures majeures :
• John Dewey – apprentissage par l’expérience
• Maria Montessori – environnement préparé et autonomie
• Célestin Freinet – coopération et expérimentation
• Rudolf Steiner – pédagogie Waldorf
• Loris Malaguzzi – approche Reggio Emilia
Les pédagogies actives
Les pédagogies actives s’inscrivent dans ce courant et reposent sur un principe simple :
l’enfant apprend en agissant, en explorant et en expérimentant.
Dans les structures d’accueil du jeune enfant, cela se traduit notamment par :
• l’exploration libre
• la motricité libre
• les jeux ouverts
• les expériences sensorielles
• l’observation du développement
Cette réflexion a été enrichie par de nombreux auteurs ayant contribué à la compréhension du développement de l’enfant :
• Jean Piaget
• Lev Vygotsky
• Henri Wallon
• Donald Winnicott
• John Bowlby
• Mary Ainsworth
• Emmi Pikler
• Esther Bick
• Melanie Klein
• Françoise Dolto
L’apport fondamental de Winnicott, Bowlby et Pikler
Dans le champ spécifique de la petite enfance, plusieurs chercheurs issus de la psychologie et de la psychanalyse ont enrichi ces réflexions.
Donald Winnicott : penser l’environnement du bébé
Pédiatre et psychanalyste britannique, Donald Winnicott a profondément contribué à la compréhension des premières relations entre le bébé et son environnement.
Parmi ses concepts majeurs :
le holding, qui désigne la manière dont l’environnement soutient l’enfant physiquement et psychiquement
le handling, qui renvoie à la manière dont le bébé est manipulé et soigné dans les gestes du quotidien
le presenting object, c’est-à-dire la manière dont l’adulte introduit le monde extérieur à l’enfant
la mère suffisamment bonne, qui s’adapte progressivement aux besoins de l’enfant
l’aire intermédiaire d’expérience, espace psychique entre réalité interne et réalité externe, notamment dans le jeu
Ces concepts sont aujourd’hui encore largement mobilisés pour penser la sécurité affective et la qualité de l’accueil du jeune enfant.
John Bowlby et Mary Ainsworth : la théorie de l’attachement
Le psychiatre et psychanalyste John Bowlby est à l’origine de la théorie de l’attachement, qui met en évidence l’importance fondamentale des liens affectifs précoces dans le développement de l’enfant.
Ses travaux ont été poursuivis et approfondis par la psychologue Mary Ainsworth, qui a collaboré avec lui et a permis d’aller plus loin dans la compréhension des styles d’attachement à travers ses recherches et ses observations.
Aujourd’hui encore, la théorie de l’attachement influence largement :
les pratiques d’accueil en crèche
les réflexions sur l’adaptation et la séparation
les politiques publiques autour des 1000 premiers jours
Emmi Pikler : motricité libre et activité autonome
La pédiatre hongroise Emmi Pikler a consacré ses recherches à l’observation du développement du nourrisson.
Ses travaux ont permis de mettre en évidence l’importance de :
la motricité libre
l’activité autonome du bébé
la qualité de la relation adulte-enfant dans les soins
l’observation professionnelle
Ces principes continuent aujourd’hui d’influencer de nombreuses pratiques dans les structures d’accueil du jeune enfant.
L’Institut Pikler-Lóczy poursuit aujourd’hui encore les travaux initiés par Emmi Pikler.
Par exemple :
Tardos, A. (2016). L’accueil piklérien : comprendre et accompagner le développement du jeune enfant. Érès
David, M., Appell, G. (2025). Pikler en pouponnière. Érès
L’Association Pikler-Lóczy France continue également de diffuser et de développer ces recherches auprès des professionnels.

Une liste loin d’être exhaustive
Bien entendu, cette liste de “vieux pédagogues” est loin d’être exhaustive.
De nombreux chercheurs et penseurs ont contribué à faire évoluer la compréhension du développement de l’enfant et les pratiques éducatives.
Ces travaux constituent un socle théorique qui continue d’alimenter les recherches contemporaines en psychologie du développement, en sciences de l’éducation et dans le champ de la petite enfance.
Évoluer sans oublier les fondements
Les pratiques évoluent. La recherche progresse. Les institutions se transforment.
Mais évoluer signifie-t-il effacer les fondements qui ont structuré notre compréhension du développement de l’enfant ?
Ou au contraire continuer à construire à partir de ces bases pour enrichir les pratiques professionnelles ?
Les travaux de Winnicott, Bowlby, Ainsworth ou Pikler rappellent que la qualité de l’accueil du jeune enfant repose avant tout sur :
la qualité du lien
la sécurité affective
l’observation du développement
le respect du rythme de l’enfant
Autant d’éléments qui demeurent aujourd’hui au cœur des pratiques professionnelles de la petite enfance.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Les références à Winnicott, Bowlby, Ainsworth ou Pikler vous semblent-elles :
toujours essentielles dans la pratique professionnelle ?
à revisiter ?
dépassées ?
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