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Comprendre l’attachement : un enjeu central pour le développement du jeune enfant

  • 4 mai
  • 5 min de lecture


Dans cet article, Valentine, éducatrice de jeunes enfants et cofondatrice, nous éclaire sur la théorie de l’attachement à travers les travaux de John Bowlby et de Mary Ainsworth.


Son analyse permet de mieux comprendre ce qui se joue dans les premières relations du jeune enfant et les enjeux concrets pour les professionnels de la petite enfance.


L’attachement : un besoin primaire

L’attachement ne se résume pas à la satisfaction des besoins physiologiques. Pour Bowlby, il s’agit d’un besoin biologique fondamental. Le bébé naît avec des comportements innés qui lui permettent d’entrer en relation et de maintenir la proximité avec l’adulte qui prend soin de lui.

La succion, les pleurs, le sourire, l’agrippement ou encore la recherche de proximité ont une fonction précise : maintenir la présence de l’adulte.

Ces comportements ne relèvent pas d’un caprice mais d’un besoin vital de sécurité.*


La sécurité affective comme base du développement

Lorsque l’adulte répond de manière ajustée et cohérente aux besoins de l’enfant, celui-ci développe un sentiment de sécurité. Cette sécurité lui permet ensuite d’explorer son environnement et de construire son autonomie.

Un attachement sécure favorise la confiance en soi, la capacité à entrer en relation et la régulation émotionnelle. À l’inverse, des réponses inadaptées ou incohérentes peuvent fragiliser ce lien et impacter le développement de l’enfant.


Les formes d’attachement selon Ainsworth

Les observations de Mary Ainsworth ont permis d’identifier différentes formes d’attachement.

L’attachement sécure se caractérise par un enfant qui manifeste son émotion lors de la séparation mais qui se rassure au retour du parent et reprend ses explorations.

L’attachement insécure évitant correspond à un enfant qui semble indifférent à la séparation et évite le parent au retour. Cette apparente autonomie masque souvent une inhibition des besoins affectifs.

L’attachement insécure résistant concerne des enfants très en difficulté lors de la séparation, qui peinent à se calmer au retour du parent et restent dans une forte dépendance émotionnelle.


Ce que l’on observe sur le terrain

Les observations en structure montrent que l’enfant s’adapte à la disponibilité de l’adulte. Certains bébés deviennent très “faciles”, attendent et s’ajustent, parfois au détriment de l’expression de leurs besoins.

D’autres enfants, confrontés à des séparations ou à des relations instables, développent des réactions intenses, une anxiété importante ou une dépendance accrue.

Ces manifestations sont des indicateurs précieux pour le professionnel.


Le rôle de la sensibilité de l’adulte

La qualité de l’attachement repose en grande partie sur la capacité de l’adulte à percevoir, comprendre et répondre aux signaux de l’enfant.

Des réponses ajustées, cohérentes et contenantes favorisent un attachement sécurisant. À l’inverse, des réponses décalées, absentes ou imprévisibles peuvent générer de l’insécurité.


Une pluralité de figures d’attachement

Les recherches ont montré que l’enfant ne s’attache pas à une seule personne. Il peut construire des liens avec plusieurs figures, parents comme professionnels.

Cette pluralité constitue un facteur de sécurité et de résilience. Un lien sécurisant avec un professionnel peut venir soutenir un enfant dont l’environnement familial est fragilisé.


Enjeux pour les professionnels de la petite enfance

La théorie de l’attachement invite à ajuster les pratiques quotidiennes.

Penser les séparations en les verbalisant et en les ritualisant permet de sécuriser l’enfant. La constance et la qualité de présence du professionnel contribuent à construire un repère stable. Le soutien à la parentalité est également central pour valoriser les compétences des parents et renforcer leur sentiment de légitimité.


Quand le lien est fragilisé

Certaines situations viennent impacter la qualité de l’attachement, notamment les troubles psychiques, les parcours de vie difficiles ou les séparations précoces.

Dans ces contextes, le bébé exprime une insécurité qui se manifeste dans ses comportements. L’accompagnement professionnel vise alors à soutenir à la fois l’enfant et le parent afin de restaurer une relation plus sécurisante.


Conclusion

L’attachement se construit dans la relation, au quotidien. Il ne repose pas sur la perfection mais sur la régularité, l’ajustement et la qualité de présence.

Un enfant peut toujours renforcer sa sécurité affective s’il rencontre des adultes capables de répondre à ses besoins de manière stable et engagée.


Pour aller plus loin : lectures de référence sur l’attachement

Pour approfondir la théorie de l’attachement et affiner votre analyse professionnelle, plusieurs ouvrages font aujourd’hui référence. Ils permettent de croiser approche théorique, clinique et outils d’observation.



Approche théorique et clinique approfondie

L'attachement : approche théorique et évaluation – Nicole Guedeney, Antoine Guedeney, Susana Tereno

Un ouvrage incontournable pour les professionnels. Il propose une lecture claire des fondements théoriques tout en intégrant des outils d’évaluation de l’attachement. Très utile pour faire du lien avec les pratiques de terrain, notamment en structure d’accueil du jeune enfant.


Comprendre les enjeux contemporains de l’attachement

L'Attachement en questions – Blaise Pierrehumbert

Un livre accessible qui questionne les idées reçues autour de l’attachement. Il apporte un regard actuel, nuancé, et permet de mieux comprendre les enjeux dans les contextes familiaux et institutionnels.


Une lecture accessible pour comprendre le premier lien

Le Premier Lien – Blaise Pierrehumbert

Idéal pour une première approche ou pour transmettre aux équipes et aux parents. L’auteur explique de manière simple et concrète comment se construit le lien d’attachement et ses impacts sur le développement de l’enfant.


Le texte fondateur

Attachement et perte Volume 1 – John Bowlby Un classique. Cet ouvrage pose les bases de la théorie de l’attachement. Plus dense, il s’adresse aux professionnels souhaitant approfondir la compréhension des mécanismes fondamentaux.


Faire le lien avec la VAE DEEJE et DEAP

Ces lectures ne sont pas uniquement théoriques. Elles constituent un levier pour réussir une VAE, à condition de les mobiliser dans l’analyse des situations.



En VAE DEEJE : un attendu central du DC1 et du DC2

Dans le diplôme d’État d’éducateur de jeunes enfants, la théorie de l’attachement est directement mobilisable dans deux domaines clés.

DC1 – Accueil et accompagnement du jeune enfant Le jury attend que la candidate soit capable de :

  • analyser les besoins affectifs et sécuritaires de l’enfant

  • comprendre les comportements (pleurs, retrait, agitation) à la lumière de concepts théoriques

  • ajuster sa posture professionnelle

Exemple attendu : Éviter une simple description : « L’enfant pleure quand sa mère part »Proposer une analyse : l’enfant manifeste une angoisse de séparation pouvant s’inscrire dans un attachement insécure. Des repères sécurisants sont mis en place (rituels, verbalisation) pour soutenir sa sécurité affective.

DC2 – Action éducative et projet éducatif La théorie de l’attachement permet de justifier :

  • les temps d’adaptation

  • l’importance des transmissions

  • la continuité éducative avec les parents

  • la posture de figure d’attachement secondaire

Le jury attend une articulation claire entre théorie et pratique.


En VAE DEAP : un attendu fort dans l’accompagnement quotidien

Pour le diplôme d’auxiliaire de puériculture, la théorie de l’attachement est essentielle dans les pratiques de soins et d’observation.

Accompagnement des soins et de la vie quotidienne . La candidate doit montrer qu’elle comprend que :

  • les soins sont des moments relationnels

  • le toucher, le regard et la parole participent à la sécurité de l’enfant

  • la régularité et la cohérence des gestes sont fondamentales

Observation et prévention La théorie de l’attachement permet d’identifier :

  • des signes d’insécurité affective

  • des réactions atypiques à la séparation

  • des besoins spécifiques d’accompagnement

Exemple attendu : Observer un enfant très calme et interroger : adaptation ou retrait ?


Ce que le jury attend réellement

Dans les deux diplômes, l’attendu est identique : passer de la description à l’analyse.

Cela implique de mobiliser les apports de John Bowlby et Mary Ainsworth, de faire des liens explicites avec les situations vécues et de démontrer une compréhension fine des enjeux relationnels.


Erreurs fréquentes

  • citer la théorie sans lien avec la situation

  • rester dans une description du quotidien

  • ne pas analyser les comportements de l’enfant

  • oublier la place du professionnel comme figure d’attachement


Ce qui fait la différence

Une candidate qui réussit sa VAE est capable de :

  • décoder les comportements de l’enfant

  • ajuster sa posture en conscience

  • relier ses actions à des concepts théoriques

  • expliquer en quoi cela soutient le développement de l’enfant


À retenir

La théorie de l’attachement est un outil d’analyse. Elle permet de donner du sens aux pratiques et de répondre aux attendus du jury. C’est le passage de l’expérience à la compréhension qui permet la validation.:


Article rédigé par des EJE


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