Je n'ai jamais travaillé en crèche : suis-je légitime pour une VAE EJE ?
- il y a 3 jours
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C'est probablement l'une des questions que Valentine et moi entendons le plus souvent lors de nos accompagnements VAE DEEJE.
Et pourtant, à chaque fois, nous sommes frappées par le profil de la personne qui nous la pose.
Ce n'est généralement pas un professionnel débutant.
Bien au contraire.
Ce sont souvent des personnes qui accompagnent des enfants depuis de nombreuses années. Des assistants maternels qui accueillent quotidiennement de jeunes enfants. Des animateurs qui conçoivent et pilotent des projets éducatifs. Des professionnels de la protection de l'enfance qui soutiennent des familles dans des situations parfois complexes. Des AESH qui accompagnent des enfants à besoins particuliers. Ou encore des professeurs des écoles qui souhaitent donner une nouvelle orientation à leur carrière.
Malgré leur expérience, le doute est souvent le même :
« Je n'ai jamais travaillé en crèche. Est-ce que cela risque de me pénaliser ? » Derrière cette question se cache en réalité une inquiétude beaucoup plus profonde : « Suis-je vraiment légitime pour devenir Éducateur de Jeunes Enfants ? »
Pourquoi cette question revient-elle si souvent ?
Cette interrogation n'est pas surprenante.
Pendant longtemps, le métier d'Éducateur de Jeunes Enfants a été associé presque exclusivement à la crèche. Lorsque l'on évoque l'EJE, beaucoup imaginent spontanément un professionnel travaillant auprès des bébés, participant aux soins du quotidien, accompagnant les premières séparations et aménageant des espaces adaptés aux tout-petits.
Cette image n'est pas fausse.
Elle est simplement incomplète.
Car lorsque l'on ouvre le référentiel du DEEJE, on découvre un métier beaucoup plus vaste. L'EJE est un spécialiste du développement global de l'enfant de 0 à 7 ans. Son intervention ne se limite pas à un lieu d'exercice particulier.
Il peut travailler en EAJE, mais aussi en protection de l'enfance, dans le champ du handicap, dans des centres sociaux, des lieux d'accueil enfants-parents, des écoles maternelles, des dispositifs de soutien à la parentalité ou encore dans de nombreuses structures associatives.
Autrement dit, la crèche représente une facette du métier, mais certainement pas sa totalité.
Ce que le jury regarde vraiment
Lors des premiers rendez-vous, nous constatons souvent que les candidats se focalisent sur leur lieu d'exercice.
Ils cherchent à savoir si leur expérience est suffisamment proche de celle d'un professionnel de crèche.
Pourtant, ce n'est pas ainsi que raisonne le jury.
Le jury ne valide pas un poste.
Il ne valide pas davantage une structure.
Il cherche à comprendre comment l'expérience du candidat lui a permis de développer les compétences attendues dans le référentiel.C'est une différence fondamentale.
Deux professionnels exerçant dans la même structure depuis dix ans peuvent obtenir des résultats très différents devant un jury.
Pourquoi ? Parce que la VAE ne consiste pas à raconter ce que l'on fait.
Elle consiste à analyser ce que l'on fait, à comprendre pourquoi on le fait et à démontrer les compétences mobilisées.
Les assistants maternels : une richesse souvent sous-estimée
Les assistants maternels sont probablement les candidats qui doutent le plus de leur légitimité.
Pourtant, lorsqu'ils nous présentent leur quotidien, nous découvrons souvent une véritable expertise du jeune enfant.
Ils observent les enfants dans la durée.
Ils accompagnent les séparations.
Ils construisent une relation de confiance avec les familles.
Ils aménagent leur environnement.
Ils adaptent leurs propositions aux besoins individuels de chaque enfant.
Ils soutiennent les parents dans de nombreuses étapes du développement.
Toutes ces missions sont au cœur du métier d'Éducateur de Jeunes Enfants. Le véritable défi n'est donc pas l'absence de compétences. Le défi consiste à apprendre à mettre des mots sur des pratiques parfois devenues tellement naturelles qu'elles semblent évidentes.
Les enseignants et les professionnels de la protection de l'enfance : des compétences transférables
Nous accompagnons également de plus en plus de professeurs des écoles en reconversion.
Là encore, les mêmes interrogations apparaissent.
Pourtant, ces professionnels disposent souvent d'une solide expérience dans l'observation des enfants, l'accompagnement des familles, la conduite de projets et le travail partenarial.
La situation est similaire pour les professionnels de la protection de l'enfance.
Qu'ils exercent en MECS, en foyer de l'enfance, en pouponnière ou en accompagnement à domicile, ils développent quotidiennement des compétences d'analyse, de coordination et d'accompagnement qui trouvent toute leur place dans le référentiel du DEEJE.
Leur expérience est parfois différente de celle d'un professionnel exerçant en crèche, mais elle n'est pas moins riche.
Les véritables difficultés ne sont pas toujours celles que l'on imagine
Au fil des accompagnements, nous avons constaté quelque chose d'intéressant.
Les candidats pensent souvent que leur principal point faible est de ne pas avoir travaillé en crèche.
En réalité, ce n'est généralement pas là que se situe la difficulté.
Les véritables points de vigilance apparaissent plus fréquemment dans les DC3 et DC4.
Ces domaines concernent notamment le travail en équipe pluriprofessionnelle, la communication professionnelle, les partenariats, les réseaux et l'inscription dans les dynamiques institutionnelles.
Les professionnels exerçant seuls, notamment les assistants maternels, ont parfois du mal à identifier les situations qui leur permettront d'illustrer ces compétences.
Pourtant, lorsque nous analysons leur parcours ensemble, nous découvrons souvent qu'ils travaillent déjà avec de nombreux partenaires : PMI, RPE, professionnels de santé, enseignants, travailleurs sociaux ou associations.
Ces expériences existent.
Elles doivent simplement être repérées, analysées et valorisées.
La question que nous posons toujours aux candidats
Lorsque quelqu'un nous dit :
« Je n'ai jamais travaillé en crèche. »
Nous répondons rarement en parlant de la crèche.
Nous préférons poser une autre question :
« Comment accompagnez-vous les enfants ? »
Puis :
« Comment travaillez-vous avec les familles ? »
« Quels partenaires mobilisez-vous ? »
« Comment analysez-vous votre pratique ? »
Très souvent, les réponses à ces questions nous permettent déjà d'entrevoir les compétences attendues par le diplôme. Car au fond, la véritable question n'est pas de savoir où vous avez travaillé.
La véritable question est de savoir ce que votre expérience vous a appris sur l'enfant, sa famille et son environnement. Et c'est précisément cela que la VAE cherche à reconnaître.

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