Le transvasement : une activité simple… en apparence
- 16 févr.
- 4 min de lecture

Le transvasement fait partie des activités que l’on propose presque automatiquement en petite enfance. Deux contenants, une cuillère, un peu d’eau ou de graines, et l’enfant se met en action. Dans les pratiques professionnelles, cette activité est souvent installée sans y penser, comme une évidence.
Mais lorsque l’on prend le temps de questionner ce que l’enfant vit réellement, le transvasement révèle toute sa richesse. Derrière un geste banal se cache une activité profondément pédagogique, qui engage le corps, la pensée et la construction psychique de l’enfant.
Ce que l’enfant construit en transvasant
Transvaser, c’est faire passer quelque chose d’un dedans vers un dehors, puis recommencer. Ce mouvement répétitif permet à l’enfant d’expérimenter la permanence, la continuité et la maîtrise de l’action. Il observe les effets de ses gestes, ajuste, recommence, persévère.
Sur le plan moteur, le transvasement soutient la coordination œil-main et la motricité fine. Sur le plan cognitif, il développe l’attention, la concentration et l’organisation de l’action. Sur le plan émotionnel, il a une fonction apaisante. L’enfant se régule par l’action, dans un cadre stable et sécurisant.
Le transvasement n’est donc pas une simple manipulation. Il participe à la construction de la pensée et du sentiment de compétence.

Dedans, dehors et construction psychique
Le Moi-peau selon Didier Anzieu
Le concept de Moi-peau permet d’éclairer finement ce qui se joue dans le transvasement. Pour Didier Anzieu, la peau constitue la première enveloppe psychique, une frontière entre l’intérieur et l’extérieur.
Lorsque l’enfant transvase, il expérimente concrètement cette frontière. Il fait sortir, il fait entrer, il contrôle le passage. À travers l’objet et la matière, il met en scène une organisation interne. Le transvasement participe ainsi à la construction d’un sentiment de sécurité psychique et de continuité du soi.
C’est aussi ce qui explique le caractère souvent apaisant de cette activité. Elle répond à un besoin fondamental de structuration interne.
Le transvasement dans l’aire intermédiaire de jeu
D’après Donald Winnicott
Pour Winnicott, le jeu se situe dans une aire intermédiaire, entre la réalité interne de l’enfant et le monde extérieur. Le transvasement s’inscrit pleinement dans cet espace. L’objet est réel, la matière est concrète, mais l’enjeu dépasse la simple manipulation.
L’enfant agit sur le monde tout en restant dans un espace suffisamment sécurisé pour ne pas être envahi. Il expérimente, transforme, répète, sans consigne rigide. Cette liberté contenue est au cœur du développement émotionnel et relationnel.
À quel moment proposer le transvasement
Le transvasement peut être proposé dès que l’enfant est en capacité de saisir un objet et de maintenir son attention sur une action simple. Chez le tout-petit, les gestes sont amples et les contenants larges. Avec le temps, la précision augmente, les outils se diversifient, les expérimentations se complexifient.
Ce n’est pas l’âge qui fait sens, mais le rythme de développement de l’enfant et son intérêt pour l’activité.
Le matériel : faire simple, faire sens

Le transvasement peut se mettre en place avec absolument tout. Bols, saladiers, bassines, passoires, cuillères, louches, gobelets ou entonnoirs. Eau, graines, riz, sable, pompons, bouchons, doudous, vêtements de poupée.
Deux piscines gonflables et des doudous suffisent à proposer une activité riche de sens. Deux bols et une cuillère permettent déjà une exploration complète.
Ce n’est jamais le matériel qui fait la qualité de l’activité, mais l’intention pédagogique et le cadre posé par l’adulte.
Le rôle de l’adulte : contenir sans diriger
Dans une activité de transvasement, l’adulte prépare l’environnement, sécurise l’espace et observe. Il peut verbaliser ponctuellement, sans interrompre le processus engagé par l’enfant. Trop intervenir, c’est rompre la concentration et empêcher l’enfant d’aller au bout de son expérience.
Observer un enfant qui transvase, c’est déjà accompagner son développement.
Le parallèle avec la VAE et l’accompagnement des référentes techniques
Le transvasement est une métaphore très juste de ce qui se joue dans un parcours de VAE et dans l’accompagnement des référentes techniques.
En VAE, le candidat est amené à transvaser ses expériences professionnelles vécues, souvent implicites, vers des mots, des écrits et des compétences formalisées. Il passe d’un savoir-faire intuitif à un savoir explicité, analysé et structuré. Ce mouvement entre dedans et dehors est exigeant et parfois déstabilisant.
L’accompagnateur joue alors un rôle de contenant. Il sécurise le cadre, soutient la réflexion, permet la circulation sans faire à la place. Comme dans le transvasement proposé à l’enfant, il ne s’agit pas de remplir, mais de permettre au candidat de transformer ce qu’il porte déjà.
Pour les référentes techniques, accompagner une équipe revient à aider les professionnelles à transvaser leurs pratiques quotidiennes vers une réflexion collective, un projet pédagogique cohérent et une posture professionnelle consciente. Là encore, sans cadre contenant, il n’y a pas de transformation possible.
Le transvasement comme situation mobilisable en VAE DEEJE
Le transvasement est un exemple particulièrement pertinent de situation professionnelle mobilisable en VAE DEEJE, centré sur l’accompagnement du développement global de l’enfant et l’inscription de la pratique dans un cadre théorique.
À travers une situation de transvasement, le candidat peut montrer comment il observe l’enfant, ajuste l’environnement, respecte son rythme et soutient son développement moteur, cognitif et émotionnel. Il peut également faire le lien avec des concepts théoriques tels que le Moi-peau, l’aire intermédiaire de jeu ou le développement sensorimoteur.
Cette activité permet de démontrer une posture professionnelle réfléchie, une capacité d’analyse de la pratique et une compréhension fine des besoins de l’enfant. Elle illustre parfaitement le passage d’une pratique quotidienne à une pratique pensée et argumentée, attendue dans le DC2.
En conclusion
Le transvasement n’est pas une activité anodine. C’est une activité fondatrice, qui soutient la construction psychique, émotionnelle et cognitive de l’enfant. Elle est aussi un formidable révélateur de la posture professionnelle, que ce soit dans le quotidien en structure, dans l’accompagnement des équipes ou dans un parcours de VAE.
Comprendre le transvasement, c’est comprendre pourquoi on fait ce que l’on fait. Et c’est précisément là que commence le cœur du métier d’éducateur de jeunes enfants.
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