Nouveau DEEJE 2026 : décortiquons le Bloc de compétences 2
- il y a 12 minutes
- 9 min de lecture

Après avoir décortiqué le Bloc de compétences 1 du nouveau référentiel DEEJE, poursuivons avec le Bloc de compétences 2 (BC2) : « Favoriser et soutenir le développement harmonieux et l’épanouissement du jeune enfant »
À la lecture du titre, on pourrait penser que ce bloc concerne essentiellement le développement du jeune enfant.
En réalité, il est beaucoup plus large.
Le BC2 parle bien de l’enfant, mais également de coéducation, de participation des familles, de prévention, d’inclusion, de projets collectifs, d’éthique, d’analyse des pratiques et de positionnement professionnel.
Et pour bien comprendre ce qui est attendu, il faut commencer par lire le référentiel dans le bon ordre.
Comment lire le Bloc 2 ?
Comme pour le Bloc 1, le référentiel distingue trois niveaux :
Les ACTIVITÉS
→ Que fait l’EJE dans l’exercice de son métier ?
Les COMPÉTENCES
→ Que doit savoir mobiliser l’EJE pour exercer ces activités ?
Les INDICATEURS
→ Comment ces compétences se traduisent-elles concrètement dans la pratique professionnelle ?
Cette distinction est particulièrement importante en VAE.
Les indicateurs permettent de regarder une expérience professionnelle et de se demander :
« Qu’est-ce que cette situation me permet réellement de démontrer ? »
Étape 1 — Les activités : que fait l’EJE ?
Le BC2 comporte deux grandes activités.
Activité 1
Mettre en œuvre un accompagnement éducatif individuel et collectif à visée préventive et inclusive dans le respect des principes éthiques et déontologiques.
Nous retrouvons ici plusieurs dimensions :
accompagnement individuel + accompagnement collectif + prévention + inclusion + éthique.
L’EJE intervient donc auprès de chaque enfant, mais également auprès du groupe. Son action doit prendre en compte la prévention, l’inclusion et le respect des principes éthiques et déontologiques.
Activité 2
Inscrire ses pratiques dans une démarche réflexive permettant d’analyser les enjeux de la relation professionnelle, d’ajuster son positionnement et d’assurer son développement professionnel.
Et cette deuxième activité est essentielle.
Le référentiel ne demande pas seulement à l’EJE d’agir.
Il lui demande également d’être capable de :
observer → analyser → questionner → prendre du recul → ajuster → faire évoluer sa pratique.
Autrement dit, l’EJE doit être capable de penser sa pratique professionnelle.

Étape 2 — Les compétences : que doit savoir faire l’EJE ?
Ces deux grandes activités sont déclinées en quatre compétences.
Compétence 1
Soutenir le développement harmonieux du jeune enfant et la participation des familles dans l’élaboration, la mise en œuvre, l’évaluation et l’adaptation du projet éducatif.
Compétence 2
Coconstruire, coordonner et évaluer un projet éducatif et social collectif ou de développement social à visée préventive, participative et inclusive.
Compétence 3
Conduire une analyse réflexive et éthique prenant en compte le cadre réglementaire, les enjeux institutionnels, les pratiques professionnelles et la complexité d’une demande ou d’une situation rencontrée.
Compétence 4
Mobiliser et développer ses ressources dans les dimensions émotionnelles, corporelles et sociales.
Mais ces intitulés restent encore assez larges.
C’est justement le rôle des indicateurs de nous permettre de comprendre ce qui est réellement attendu.
Étape 3 — Les indicateurs : comment cela se voit concrètement ?
COMPÉTENCE 1 — ENFANT + FAMILLE + COÉDUCATION
La première compétence concerne le développement du jeune enfant mais aussi la participation de sa famille à son projet éducatif.
Les indicateurs précisent que l’EJE doit notamment être capable de :
créer les conditions d’accueil du jeune enfant dans un environnement bienveillant ;
recueillir, par l’observation, l’analyse et le discernement, les éléments nécessaires à la compréhension de ses besoins ;
coconstruire avec la famille le projet d’accueil personnalisé de l’enfant et de sa famille sur la base d’objectifs éducatifs négociés ;
coévaluer avec la famille le projet d’accueil et l’ajuster lorsque cela est nécessaire ;
soutenir l’expression du jeune enfant ;
favoriser la parole des familles ;
orienter la famille ou les représentants légaux vers les institutions et services adaptés ;
prévenir, repérer, évaluer et traiter les situations d’urgence, de risque ou de danger ;
garantir les droits et libertés des familles ;
garantir un cadre d’intervention sécurisant et bientraitant respectueux de l’intégrité physique et psychique du jeune enfant ainsi que de son intimité.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
L’EJE ne construit pas seul l’accompagnement de l’enfant. Cette dimension fait penser à l’ancien référentiel, notamment au DC1-BC2 consacré au soutien à la parentalité.
La famille devient véritablement partie prenante du projet.
L’observation professionnelle reste centrale, mais elle s’inscrit dans une démarche plus large :
Observer → comprendre → échanger → coconstruire → accompagner → évaluer → ajuster.
Prenons un exemple
Un enfant rencontre des difficultés importantes au moment de la séparation.
L’EJE observe ses manifestations : pleurs, recherche de l’adulte, difficulté à investir l’espace, besoin important de proximité…
Mais elle ne s’arrête pas à son observation.
Elle échange avec la famille :
Comment les séparations se passent-elles habituellement ?Quels sont les repères de l’enfant ?Qu’observent les parents ?Qu’est-ce qui semble l’apaiser ?
L’équipe et la famille peuvent ensuite réfléchir ensemble aux ajustements nécessaires.
Puis les effets sont observés et le projet peut à nouveau évoluer.
C’est cela, la coéducation.
Et en VAE ?
Dire :
« J’ai accompagné un enfant qui avait des difficultés de séparation »
ne suffit pas.
Il faut rendre votre raisonnement professionnel visible.
Par exemple :
Qu’avez-vous observé ?Comment avez-vous analysé la situation ?Comment avez-vous associé les parents ?Quels besoins avez-vous identifiés ?Quels objectifs avez-vous définis ?Qu’avez-vous proposé ?Pourquoi ?Quels effets avez-vous observés ?Comment avez-vous réajusté l’accompagnement ?
Le jury ne doit pas seulement comprendre ce que vous avez fait.
Il doit comprendre comment vous avez pensé votre intervention.
COMPÉTENCE 2 — PROJET COLLECTIF + PARTICIPATION
La deuxième compétence change d’échelle.
Nous ne sommes plus uniquement dans l’accompagnement individualisé d’un enfant et de sa famille.
L’EJE doit savoir :
coconstruire + coordonner + évaluer un projet collectif.
Les indicateurs montrent notamment qu’il doit être capable de :
créer les conditions d’accueil, d’expression et de participation des familles ;
soutenir leurs initiatives dans l’intérêt du jeune enfant ;
recueillir les besoins des jeunes enfants et les attentes des familles ;
identifier les difficultés et les ressources mobilisables ;
impliquer les familles dans la détermination du projet ;
définir des objectifs partagés dans une démarche de coéducation ;
promouvoir le projet et susciter l’adhésion des différentes parties prenantes ;
déterminer, négocier et organiser les moyens humains, matériels et budgétaires nécessaires ;
coévaluer les actions avec les familles ;
ajuster les actions lorsque cela est nécessaire ;
soutenir la parole et la capacité d’agir des personnes ;
observer, analyser et réguler la dynamique de groupe ;
garantir un cadre sécurisant et bientraitant ;
garantir les droits et libertés des familles.
Attention : un projet n’est pas simplement une activité
C’est un point important, notamment en VAE.
Organiser un atelier parents-enfants n’est pas suffisant pour démontrer cette compétence.
Il faut montrer la démarche qui se trouve derrière.
Prenons un exemple :
Plusieurs parents expriment des difficultés autour de l’alimentation de leur enfant.
L’EJE recueille leurs préoccupations.
Elle confronte ces éléments aux observations réalisées par l’équipe.
Un besoin commun apparaît.
À partir de là, un projet peut être coconstruit : temps d’échange, atelier parents-enfants, intervention d’un professionnel, ressources documentaires…
Mais surtout, il faudra déterminer :
Pourquoi ce projet ?
Pour répondre à quels besoins ?
Avec quels objectifs ?
Avec qui ?
Avec quels moyens humains, matériels ou budgétaires ?
Quelle place est donnée aux familles ?
Comment le projet sera-t-il évalué ?
Que fera-t-on des résultats de cette évaluation ?
C’est cela qui transforme une simple action en démarche de projet.
COMPÉTENCE 3 — ANALYSE RÉFLEXIVE + ÉTHIQUE
C’est probablement l’une des dimensions les plus fortes du Bloc 2.
L’EJE doit être capable de conduire une analyse réflexive et éthique de sa pratique.
Les indicateurs précisent notamment qu’il doit savoir :
partager et questionner de manière critique les pratiques professionnelles en équipe ;
analyser notamment les situations complexes ;
mettre en œuvre un processus de délibération réflexive individuel ou collectif face aux tensions éthiques ;
associer, le cas échéant, la personne et son entourage à cette réflexion ;
proposer et développer des évolutions des pratiques professionnelles ;
s’engager dans un processus de perfectionnement de sa pratique ;
contribuer au développement de la profession par la formation des étudiants, la recherche ou les expérimentations.

Faire, mais surtout comprendre pourquoi on fait
Une EJE peut rencontrer une situation pour laquelle il n’existe pas une réponse professionnelle unique ou évidente.
Par exemple :
Une famille demande quelque chose qui questionne l’équipe.
Deux professionnels ont des analyses différentes d’une situation.
Une pratique institutionnelle ne semble plus adaptée aux besoins observés chez les enfants.
Une situation vient confronter plusieurs valeurs professionnelles.
L’enjeu n’est pas d’avoir immédiatement « la bonne réponse ».
L’EJE doit pouvoir mettre la situation au travail :
Qu’est-ce qui me questionne ?
Quels sont les besoins de l’enfant ?
Quelle est la position de sa famille ?
Quel est le cadre réglementaire ?
Quels sont les enjeux institutionnels ?
Quelles sont mes propres représentations ?
Que pensent les autres professionnels ?
Quelles réponses pouvons-nous envisager ?
Nous sommes ici au cœur de la réflexivité professionnelle.
En VAE : ne cherchez pas seulement une « belle situation »
Une situation complexe peut être extrêmement intéressante dans un Livret 2.
Pourquoi ?
Parce qu’elle permet justement de montrer votre capacité à :
questionner → analyser → confronter → argumenter → prendre du recul → ajuster.
Il n’est donc pas nécessaire que tout se soit parfaitement déroulé.
Une difficulté, un désaccord ou même une action qui n’a pas produit les résultats attendus peut devenir une situation particulièrement riche si vous êtes capable d’en faire une véritable analyse professionnelle.
COMPÉTENCE 4 — POSITIONNEMENT PROFESSIONNEL
La quatrième compétence est assez différente.
Elle concerne les ressources :
émotionnelles + corporelles + sociales du professionnel.
Les indicateurs précisent notamment que l’EJE doit pouvoir :
se décentrer et mettre à distance ses représentations ;
prendre en compte les cultures, les croyances et les modes de vie des familles et des enfants ;
comprendre les manifestations émotionnelles et analyser leur rôle ;
adapter son positionnement professionnel ;
identifier, interroger et réguler son implication dans la relation d’accompagnement ;
appréhender les différentes représentations du corps et de l’intime ;
repérer leur impact dans les interactions professionnelles ;
développer une approche respectueuse de la pudeur et de l’intimité ;
repérer pour soi et entre pairs les signes d’épuisement physique, psychique ou émotionnel afin d’agir de manière adaptée.
Pourquoi cette compétence est-elle importante ?
Parce qu’un professionnel n’est jamais totalement neutre.
Nous avons tous : des représentations,une histoire,des valeurs,des émotions,une culture,des références éducatives.
Or, celles-ci peuvent influencer notre manière de comprendre une famille ou une situation.
La compétence professionnelle consiste notamment à être capable de se décentrer.
Prenons un exemple :
Une famille possède des pratiques éducatives très différentes de celles du professionnel.
La première réaction peut être :
« Je ne suis pas d’accord avec cette manière de faire. »
Mais l’analyse professionnelle doit aller plus loin :
Est-ce une différence culturelle ou éducative ?
Est-ce que cette pratique met réellement l’enfant en difficulté ou en danger ?
Qu’est-ce qui relève du cadre professionnel ?
Qu’est-ce qui relève de mes propres représentations ?
Comment puis-je échanger avec cette famille sans jugement tout en restant garante des besoins et de l’intérêt de l’enfant ?
C’est précisément cette capacité à prendre de la distance avec ses propres représentations qui est recherchée.
Et les émotions du professionnel ?
Elles font également partie du travail.
Une situation peut provoquer de la colère, de l’inquiétude, de l’attachement, de l’impuissance ou encore de l’incompréhension.
L’objectif n’est évidemment pas de supprimer ces émotions.
Il s’agit de savoir les identifier et les réguler afin qu’elles n’empêchent pas l’analyse professionnelle.
Cette compétence introduit également explicitement la question de l’épuisement professionnel.
Être capable de repérer les signes d’épuisement chez soi ou chez ses pairs et de mobiliser les ressources adaptées fait donc aussi partie des attendus du BC2.
Comment utiliser les indicateurs pour votre VAE DEEJE ?
Les indicateurs ne sont pas simplement une liste à apprendre.
Ils peuvent devenir une véritable grille de lecture de votre expérience professionnelle.
Prenez une situation de votre parcours et confrontez-la aux indicateurs.
Demandez-vous :
Qu’est-ce que j’ai réellement fait dans cette situation ?
Quels indicateurs puis-je démontrer ?
Quels éléments concrets peuvent le prouver ?
Quelles décisions ai-je prises ?
Comment puis-je expliquer mes choix ?
Qu’ai-je évalué ?
Qu’ai-je réajusté ?
Quelle réflexion professionnelle cette situation a-t-elle provoquée ?
C’est ainsi que vous pourrez progressivement sélectionner les situations les plus pertinentes pour votre dossier.
Un indicateur = une situation ?
Non.
Et heureusement !
Il ne s’agit pas de trouver une situation professionnelle pour chaque indicateur du référentiel.
Une situation suffisamment riche peut permettre de démontrer plusieurs indicateurs et plusieurs compétences.
Prenons l’accompagnement d’un enfant présentant des besoins particuliers.
Cette situation peut permettre de montrer :
l’observation et l’analyse des besoins de l’enfant ;
la coconstruction avec sa famille ;
la prévention et l’inclusion ;
le travail avec l’équipe ;
l’évolution du projet éducatif ;
l’analyse réflexive ;
le questionnement du positionnement professionnel.
L’enjeu est donc davantage de choisir des situations riches et analysables que de multiplier les exemples.
BC2 : retenons l’essentiel |
Compétence 1 = ENFANT + FAMILLE + COÉDUCATIONObserver → comprendre → coconstruire → accompagner → prévenir → protéger → évaluer → ajuster. Compétence 2 = PROJET COLLECTIF + PARTICIPATIONIdentifier les besoins → impliquer → coconstruire → coordonner → mobiliser les moyens → évaluer → ajuster. Compétence 3 = RÉFLEXIVITÉ + ÉTHIQUEQuestionner → analyser → confronter → prendre du recul → argumenter → faire évoluer les pratiques. Compétence 4 = POSITIONNEMENT PROFESSIONNELSe décentrer → identifier ses représentations → comprendre ses émotions → réguler son implication → respecter l’intimité → prévenir l’épuisement. |
Et pour la VAE DEEJE ?
Le Bloc 2 nous rappelle quelque chose de fondamental :
l’expérience seule ne démontre pas une compétence.
Deux professionnels peuvent avoir vécu exactement la même situation sans mobiliser les mêmes compétences.
Ce qui intéresse le jury, c’est votre capacité à rendre visible votre démarche professionnelle :
J’observe.
J’analyse.
Je construis avec l’enfant, sa famille et les professionnels concernés.
J’argumente mes choix.
J’agis.
J’évalue.
Je réajuste.
Et je suis capable de prendre du recul sur ma propre pratique.
Dans le BC2, cette dernière dimension prend une place particulièrement importante.
L’EJE n’est pas uniquement un professionnel qui accompagne. C’est également un professionnel capable de penser l’accompagnement, d’interroger sa posture et de faire évoluer ses pratiques dans l’intérêt du jeune enfant et de sa famille.

Prochain article : Nouveau DEEJE 2026 — Décortiquons ensemble le Bloc de compétences 3.
Un vidéo explicative arrive bientôt !
Alexia & Valentine, EJE passionnées
Vous souhaitez aller plus loin ? Retrouvez toutes les actualités de la petite enfance ainsi que les accompagnements et formations proposés par CPVi : Formations, VAE, APP, Accompagnement MC



